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 recréer l'enfance | Ophiuchus.

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Elto


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MessageSujet: recréer l'enfance | Ophiuchus.   19.07.15 23:17

J’avais été distrait à chacun des cours sans pouvoir rien y faire. Ma concentration était juste brisée, depuis la nuit de l’avant-veille. Il n’avait suffi que de quelques mots entendus par hasard, que d’une affiche se découpant devant moi alors que je rentrais au QG des Elto. A vrai dire, je n’y aurais jamais posé les yeux, si je n’avais pas entendu des enfants s’émerveiller devant. Leurs éclats de voix avaient attiré mon regard, un réflexe. Les enfants étaient bruyants. Leur bonne humeur m’étouffait souvent. J’avais toujours été jaloux d’eux.

Mais voilà, à cause – grâce ? – à eux, j’avais aperçu la promesse du cirque Quercus. Et elle me restait dans la tête. Chaque courbe, chaque ligne, chaque couleur. Elle me revenait sans cesse, comme une obsession. Ce n’était pas mon genre, pourtant. J’aurais dû détourner les yeux, j’aurais dû continuer mon chemin, oublier, tout oublier. Mais mon cœur me défonçait la poitrine ; j’avais tenté de fuir. J’avais tenté de fuir pendant la nuit, dans mes rêves, mais je ne pouvais pas le contenir, à vrai dire. Et je savais que j’avais beau lutter, je n’y parviendrais jamais réellement. J’avais juste terriblement envie de voir ce qui se passait, sous ce chapiteau. J’avais envie de voir les dresseurs côtoyant le danger, les clowns me faisant rire, les trapézistes dansant avec le vide, les funambules domptant la gravité. J’en avais rêvé plus jeune, de tout ce que les autres avaient vu et connu, et qui m’étais inaccessible alors.

Alors je ne pensais plus qu’à ce soir-là, ce soir où j’allais découvrir les numéros autre part que dans mes fantasmes. J’avais plaqué mon amie toujours – cette fameuse concentration de toujours – contre une connaissance un peu floue qui tentait de m’arracher à la productivité : l’excitation. Je connaissais la peur, l’envie – très bien, même –, l’affection – malgré moi – et beaucoup de sentiments. Mais c’était l’un des plus étrangers. Je ne savais pas, d’ailleurs, si ce n’était pas plus une sensation qu’un sentiment. Mon cœur fourmillait, me yeux ne pouvaient se fixer sur un point. J’étais si inefficace en classe. Alors je détestais ça. Il fallait que je trouve une « solution ».

J’avais craqué.

*            *            *

J’avais finalement acheté ma place VIP dès que ce fut possible, comme un gosse trop impatient. Et puis, le grand jour, j’étais venu trop tôt.

J’étais souvent en avance, de cinq à dix minutes. Pas deux heures. J’avais eu peur qu’en ce vendredi soir ce soit déjà la bondé. Mais il n’y avait que cinq ou six fans extrêmes. Alors, mains dans les poches de mon slim noir, j’avais attendu, j’avais observé les personnes se rapprocher. J’avais détaillé leur visage, leurs relations entre eux. Mais surtout, j’avais cherché à voir si je les connaissais. Est-ce que cette fille pouvait faire partie de Dandelion ? A vrai dire, peu importait si c’était le cas, tant que nous ne nous connaissions pas. Si quelqu’un à qui j’avais adressé la parole me voyait ? L’idée me donnait envie de fuir.

J’avais essayé de m’habiller de sorte qu’on ne me reconnaitrait pas. Et puis, je n’étais pas du genre à porter mon uniforme de Dandelion pour me pavaner dans les rues contrairement aux prétentieux Aer ; j’avais juste enfilé un t-shirt un peu long – pour une fois que ce n’était pas une chemise, d’ailleurs. Et puis un bonnet, où j’avais rangé mes cheveux, pour passer plus inaperçu encore (les cheveux verts pommes n’étaient pas des plus discrets ; surtout quand ils arrivaient aux reins). J’avais abandonné l’idée que le temps se rafraichirait à la suite des précédentes nuits suffocantes auxquelles nous avions eu droit, alors je n’avais pas prévu de veste légère.

*            *            *

Mon souffle se coupait ; je ne pouvais m’empêcher de sourire ; j’étais tellement près des artistes. Mon cœur s’arrêtait à chaque saut. C’était sûrement ce que je préférais. Les trapézistes. Ils étaient tellement fascinants. La peur qu’ils me procuraient me grisait plus que n’importe quelle autre. Et puis, un homme subtilisa l’attention. Mes yeux détaillaient son visage autant qu’ils le pouvaient et coulaient le long de ses muscles, comme pour découvrir ce qu’il allait ensuite faire.

Et vint le feu, spectaculaire. Je tentais de suivre le mouvement de celui-ci qui restait imprimé sur ma rétine et que j’apercevais contre mes paupières. Et la mauvaise graine commençait à germer dans mon esprit. Je pouvais les faire bouger, n’est-ce pas ? Est-ce que ce serait vraiment grave si j’essayais juste une fois ? C’était un bon entrainement pour contrôler mon élément descendant, non ? Je savais pertinemment que je n’avais pas le droit de le faire, ce qui rendait l’idée plus attirante encore.

J’observais les flammes avec intérêt, me demandant ce qui je pourrais créer, ce que je pourrais changer. Il fallait que ce soit imperceptible pour tous les autres spectateurs, sauf moi. Lui, il pourrait le voir. Ou du moins, il fallait que je le lui fasse remarquer, d’une façon ou d’une autre. Je pourrais m’attirer des ennuis si quelqu’un me découvrait. Pouvait-il mourir si j’interférais ? Il n’avait pas le droit, pas devant tous ces gens émerveillés. Pas devant moi. Alors je m’étais concentré. J’avais légèrement plissé les yeux, et j’avais commencé à visualiser ce que je désirais.

Ça se passait au ralenti. J’en découpais une du groupe, petite, presqu’invisible, même des places les plus proches, si on ne la fixait pas. Délicate, tremblante, fragile, elle évoluait en solo. Lentement, elle se rapprocha de la joue basanée du jeune homme. Allez, touche-le.


Je suis tellement désolée si t'aimes pas. ;;
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MessageSujet: Re: recréer l'enfance | Ophiuchus.   23.07.15 20:50

Recréer l'enfance- Ft Chesed


J'étouffe un soupir et je passe une main usée sur ma nuque. Rivé sur le miroir j'inspecte et je redessine chacun de mes traits. Trop tirés. De la point du nez jusqu'aux poches sous mes yeux. Je descends sur ma bouche, fichée dans une expression mi-convaincue mi-résolue. Je hausse les épaules, attrape un peu de khôl pour élargir mon regard. Un peu de poudre pour masquer les cernes. Je m'habille consciencieusement pour le grand spectacle. Je me pare, dessine, donne l'illusion, c'est comme un peu de magie. Un peu de subterfuge pour que le miracle opère. Que l'homme opiniâtre se transforme, le temps d'un numéro, d'un spectacle. Du début jusqu'aux applaudissement finaux. Je range mon ressentiment quelque part. Les mille autres soupirs qui se bousculent contre ma langue. J'oublie l'endroit, notre passif, j'enferme tout ce qui peut me nuire et me déconcentrer pour pouvoir exécuter mon numéro.


J'enfile consciencieusement mon pantalon. J'accroche à la ceinture quelques gourdes. J'enlève ma chemise. Je dépose des paillettes dorée sur mon torse. Mes épaules. Mes bras. Mon corps qui s'illuminera de mille feux lorsque je cracherai consciencieusement du kerdane sur les flammes. Les gens apprécient l'effet. L'apparence et les colifichets plaisent autant que le numéro, après tout. Un dernier regard vers le miroir m'indique que mes torches se trouvent non loin de l'armoire. J'esquisse donc un pas. Puis deux. Des petites enjambées de rien, mais la roulotte n'est pas grande et bringuebale bien trop rapidement quand je suis trop brusque. J'attrape une torche sur laquelle je noue un torchon imbibé. Je fais pareil avec mon bâton et une autre petite torche que j'accroche également  à la ceinture.

On toque. Un. Deux. Trois coup. Un premier pour me dire de me dépêcher. Un deuxième pour signaler que le chapiteau est bientôt plein. Un troisième saccadé pour me rappeler que je passe en première partie et qu'il faut que je sois absolument là dans les minutes à venir. Je grogne en guise d'approbation. Je ramène mes cheveux en arrière et les noues négligemment. Ma mère me demandera sans doute, une énième fois, de les couper, la prochaine fois que nous passeront à Ameefield. J'en ébouriffe la frange sciemment. Ils me plaisaient bien, comme ça. Même si, je n'étais pas à l’abri de les faire cramer. Je sors donc, prêt à entendre les encouragements des uns. La clameur des autres. Les rire euphoriques des artistes qui reviennent à l'arrière et qui se félicitent d'avoir réussi à faire rire. Étonner. Pleurer. Écarquiller les milliers de bouche des spectateurs et leurs yeux ingénus.

J'ai le cœur qui palpite un peu. Des tremblements dans les phalanges. Impatients. Je n'ai plus l'air fatigué. Mes mains ne sont plus usées, emballées dans deux bandages humides pour prévenir d'éventuelles brûlures. Puisque ce sont celles d'un artiste qui s'apprête à faire s'émerveiller et trembler une assistance entière. Magicien pour l'heure. J'ouvre le chapiteau et je m'introduis, non sans avoir passé une petite minute à siffler et compter un peu le public. Je me concentre et soudain le bruit de la foule cesse. Je n'entends, ni ne vois plus rien. C'est mieux ainsi.

***

J'entends un petit écho. Un murmure assourdissant. Mes phalanges s'activent. Ma paupière s'entrouvre. J'inspire et j'expire. Simplement. Calmement. J'humecte mes deux lèvres. Et, comme il était parti, le bruit de la foule me revient. Subrepticement. Murmure. Voix étouffée. Cri timide. Éclat euphorique. Immense clameur. Les funambules se retirent. Je marche les épaules droites et le regard franc. J'effectue quelques enjambées rapide avant de ralentir l'allure pour faire une entrée digne et mesurée.


Sans perdre un instant, je vais enflammer mon bâton sur les deux extrémités et je commence à le faire tournoyer. Jonglerie plutôt dangereuse. Je le fais passer derrière moi, rapidement, sans perdre le rythme des tambours. Le fait passer de ma main gauche à ma droite. J'effectue quelques sauts. Quelques acrobaties. Toujours en rythme, le visage concentré, mais un sourire fiché sur mes lèvres. J'essaie d'occuper l'espace alors que le rythme s'accélère. Je fais tournoyer en l'air mon bâton et le rattrape, dans un souffle.


Des hoquets surpris accompagnent mon geste. Je ne m'arrête pourtant pas et enchaîne, comme à l'entraînement. Je frappe l’extrémité basse de mon bâton pour éteindre une flamme alors que de ma main droite je saisie une première gourde remplie de poudre cacao et je crache  sur la flamme, le bras levé en l'air. Les petites particules s'enflamment et retombent en pluie grossière sur le sol. Mes pieds nus s'écartent. Nouvelle acrobatie. Jonglerie. Je rince ma bouche discrètement. J'éteins l'autre extrémité de mon bâton et je le laisse sur le sol. Et cette fois je vais saisir une autre torche. Du kerdane en route et je crache.


Je fais s'élever les flammes vers le haut en suivant le rythme des percussions. Flamme courte. Flamme longue. Je fais partir des boules de feu, les sourcils froncés et le front plissé. Je m'élance encore, de l'eau dans la bouche pour la rincer, vite je reprends de la Kerdane et je me laisse tomber, au plus près du public, une grande inspiration dans le nez pour cracher une dernière fois une longue flamme. Comme le souffle d'un dragon.


C'est l'apothéose. Le climax. Si j'avalais la kerdane alors je m'intoxiquerai sûrement. Si je souffle trop puissamment ce sont les sourcils des autres qui le sentiront passer. Si ce n'est pas assez fort je risque de m’essouffler trop vite. Et bien sur, bien sur il y a toujours la possibilité que je m'enflamme. Avec du liquide inflammable éclaboussé un peu partout sur le corps. C'est là qu'il faut que je fasse le plus attention.  Je suis confiant, néanmoins, puisque ce n'est pas la première fois que j'effectue ce numéro.


Tout se passera comme d'habitude.


Tout ? Non.


Quelque chose s'approche. De ma joue. Je sens la chaleur. Ma peau crépiter. Une étincelle ? Il n'y a pas de vent. Mes phalanges se crispent et je me force à ne pas ouvrir la bouche maintenant. Je concentre mon attention sur cette petite flamme. J'essaie de l'éloigner avant de brûler. Paniqué malgré mon calme apparent. Et c'est lorsque j'essaie de l'éloigner que je constate qu'il y a quelqu'un. Il y a quelqu'un d'autre qui joue avec cette petite flamme pour l'emmener sur ma joue. Il y a quelqu'un d'autre qui joue avec le feu et qui est sur le point de m'embraser tout entier. Je m'acharne une demie seconde encore avant de me résigner. Je dirige la torche sur le sol brusquement pour la faire s'éteindre. Quelques secondes trop tôt. Quelques secondes salutaires.  Je me redresse et je garde le sourire, les bras étendus. Les dents serrés. Je farfouille la foule et je retrouve un regard vert. Je lui lance un regard noir avant de m'éloigner promptement sous les applaudissements.


Je sors. Les autres artistes me fixent. Ils connaissent mon numéro peut-être aussi bien que moi. Ils savent qu'il s'est passé quelque chose. Je prends de nouveau de l'eau et je rince ma bouche encore avant de cracher le contenue rageusement sur le sol. Je vais m'éclipser dans un coin, assis. Les deux coudes sur mes genoux et la bouche posée sur mes deux mains devenus des poings furieux.


Je ressasse. Je n'ai pas rêvé. Je le sais. J'ai senti son pouvoir comme il a du sentir le mien. Une fraction de seconde plus tard et j'aurai pu crever. Et pourquoi ? Je sers les dents. Etait-il venu vérifier que je n'usais pas de mon affinité les numéros ? Quelqu'un lui avait-il raconté ? Viendra-t-il me narguer, après le spectacle ? Ou préféra-t-il prévenir les Pyrrhs afin qu'ils viennent m'arrêter ? Je me masse les tempes. Comment avais-je pu être aussi peu méfiant. Et inconscient. Je passe une nouvelle fois une main dans ma nuque quand j'entends quelqu'un me dire :

- Ce n'est qu'une petite erreur de timing, Ophiuchus. Ça arrive à tout le monde !

Je secoue la tête et je me renfrogne aussitôt qu'une main compatissante vient effleurer mon épaule.

- Je ne fais pas d'erreur.

Jamais.

***

À la fin du spectacle je salue avec les autres, mais je ne m'attarde pas. Je me dirige à grand pas dans ma roulotte et je vais me laver consciencieusement. Les cheveux. Les bras. Le visage. Le corps. Tout. J'ai l'impression que l'eau clair pourrait m'aider à trouver une idée. Une seule. Juste pour sauver ma peau. J'essaie de trouver ce que je dois dire. Prétendre. Mais ma colère m'étouffe et m'aveugle. Me fait jurer. Qui était-il pour se permettre d'interférer dans le numéro d'un artiste! Aussi dangereux que celui-là, de surcroît ! Je sors et m'essore. M'habille de nouveau et je sors de encore de ma caravane pour aller vers l'entrée du cirque et intercepter ce garçon. Et je ne sais pas encore, à cet instant, si c'est pour l'insulter, le supplier d'oublier ou proférer mille menaces. Toujours est-il que je ne suis pas disposé à laisser passer cela et c'est un homme décidé et furieux qui se dirige, à cet instant vers la foule.  


BLBL SACHE QUE JE DOIS RERERELIRE d,kqmkùfdmf
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Elto


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MessageSujet: Re: recréer l'enfance | Ophiuchus.   01.08.15 23:39

hé:
 

La torche s'écrasait contre le sol, et, c'était viscéral, je savais que c'était trop tôt. Comme une partition de musique, chaque chose avait un rythme, avec ses silences et ses contretemps. J'acceptais qu'on puisse le casser au milieu du numéro, mais à la fin, à l'apothéose, ça laissait juste cette impression d'inachevé. Mais ce n'était pas ce qui me dérangeait le plus. Il savait utiliser son élément. Etait-il allé à Dandelion ? Pourquoi n'avait-il pas entrepris une carrière plus exceptionnelle ? J'avouais qu'il était impressionnant, qui plus est, il n'utilisait pas son pouvoir vu ma facilité à contrôler la flamme. Il n'avait pas réussi à me repousser. Un élève aussi vieux sortant de Dandelion aurait pu. C'était son élément descendant ? Non, il était vraiment trop vieux pour ne pas y arriver. Surtout pour une si petite. J'étais relativement bon, mais je n'étais pas assez prétentieux pour m'imaginer plus doué qu'un aîné déjà diplômé. Il ne venait pas de Dandelion. Il utilisait cependant son élément. C'était dangereux.

Mais ce n'était pas le plus gênant. Moi, caché par mon bonnet, entouré de centaines de personnes hurlant à pleins poumons leur enthousiasme et se rougissant les mains à force d'applaudissements, avais été repéré. Alors que ç'aurait pu être tant d'autres personnes, son sourire s'était effacé, ses yeux m'avaient exprimé sans difficultés son ressentiment. Je pouvais espérer que ça ne m'était pas adressé, mais c'était plus ou moins sûr que j'aurais de gros ennuis en sortant. J'avais peur. Etait-ce l'intuition ? Avait-il lancé un regard noir à toute ma zone et j'étais trop égocentrique ? Faisais-je juste preuve de paranoïa en m'imaginant me prendre un coup déjà ? Lèverait-il la main sur moi ? Aurais-je le temps de m'enfuir ?

Alors que les numéros se succédaient, j'essayais dans mon coin de trouver une manière de m'enfuir efficacement. C'était mal parti. Les places VIP étaient les plus proches des artistes, soit les plus éloignées des sorties. S'il allait vite, il bloquerait l'entrée du chapiteau avant que je ne puisse l'atteindre. Enfin, bloquer était un bien grand mot. À cause de la foule je ne pourrais courir. Les badauds marchent lentement. Ils discutent entre eux de ce qu'ils viennent de voir. Les couples ont les bras qui s'entrelacent, ils sont durs à contourner, on ne peut pas les bousculer (à moins de vouloir se faire encastrer dans un mur, sûrement). Les familles avec enfants en bas-âge sont dangereuses. Bousculer un enfant c'est dangereux. Il y avait beaucoup d'enfants. Trop pour que je puisse me permettre de foncer dans le tas. Trop petits parfois pour que je les remarque avant de les avoir fait tomber. Et un parent finirait par me casser la mâchoire. Comment fuir ? J'avais beau chercher, tout était invalidé par un élément. Je ne pouvais utiliser mes éléments pour écarter les gêneurs, je blesserais quelqu'un trop facilement.

Plus je me rendais compte de mon impuissance, plus la crainte se propageait dans mes veines. Il allait m'avoir. Et il allait me refaire le portrait si bien que je ne me reconnaitrais plus en me regardant dans un miroir. J'imaginais ma peau tuméfiée, ma lèvre bleuie, mon nez cassé, un cocard maquillant mes paupières. J'avais presque mal en y pensant (même si je savais que, comme je n'avais pas vraiment de notions de la douleur étant donné que je ne l'avais pas expérimentée assez pour imaginer ce stade-ci). J'imaginais retirer ce bonnet, me faire une tresse, transformer ce pantalon en short, raccourcir mon haut juste pour qu'il s'imagine que j'étais quelqu'un d'autre. Je n'assumais pas mon androgynie. Me faire passer pour la fille avec qui on m'avait tant confondu pendant tant d'années me rebutait. La réussite de ce plan était assez aléatoire. M'avait-il vu ou aperçu ? Avait-il imprimé à la force de sa haine mon image sur sa rétine ? Je savais que j'étais joli garçon mais… Je savais que ça n'avait duré que quelques millièmes de seconde, mais, aussi cliché et love at first sight-looking (je sais même pas si ça se dit), ça m'avait paru durer une petite éternité.

*            *            *

J'avais essayé le temps des numéros de me calmer afin que, s'il m'arrêtait, je puisse garder un visage stoïque qui signifierait « mais je n'ai rien à voir avec cette histoire, laissez-moi donc passer ». Mais la commissure de mes lèvres finissait toujours par trembler, mes yeux transpiraient la crainte – je n'avais même pas besoin de le vérifier pour le savoir, mon cœur tambourinait contre ma poitrine. Alors, au salut final, toute ma tension atteignit son climax. Mes doigts tremblaient, mes dents entamaient ma lèvre inférieure. Les mains bruyantes et enthousiastes me vrillaient les tympans. Je m’étais levé dès que j’avais pu, mais j’avais l’impression que c’était trop tard. Non, plutôt, je le savais. Mes pas peu assurés m’avaient inexorablement guidé vers l’extérieur où se pressait la foule. La rumeur des voix alourdissait l’air, les dos se bousculaient devant mes yeux qui s’attachaient à chaque bras enlacé à un autre, à chaque main qui en tenait une autre, et puis cherchaient, aussi, la silhouette de la personne à qui j’avais gâché le numéro, craintifs. Je ne savais pas à quel point j’avais l’air suspect, à inspecter chaque cheveu, chaque œil, chaque trait que j’entrapercevais à la dérobée. Je pouvais encore me faire passer pour une fille, me chuchotait ma lâcheté. Soutenue par ce que j’avais de bon sens. Lui aussi se liguait contre mes principes. Je me sentais presque abandonné par moi-même dans ce dur combat contre mon envie de dégager le chemin en utilisant mon élément.

Toujours hésitant, mais ayant retiré lentement mon bonnet car je commençais à céder à la technique que je jugeais peu recommandable et qui me vaudrait des jours (une éternité) et des jours de lamentations, de honte et de moqueries venant de la moindre personne me reconnaissant, mon manque d’attention croissant me fit rentrer dans quelqu’un. Je levais les yeux, me préparant à sortir un « excusez-moi », les lèvres déjà entrouvertes, prêtes à demander le pardon pour la formalité, je me figeais. Mon souffle se coupait, ma bouche s’asséchait, mes pupilles se dilataient. Un léger mouvement de recul, mes poils se hérissaient sur mes bras malgré la chaleur que procurait le nombre de personnes. Il sentait bon. Je ne pouvais pas courir. Je ne pouvais pas parler en premier sous peine de mourir, de me faire assommer, kidnapper, dépecer vivant, couper en morceaux et jeter à des monstres pour nettoyer. Ce serait répertorié comme un accident, parce qu’y en a plein, et tout ça parce que j’avais fait le con en m’immisçant dans le boulot de quelqu’un.

D’ailleurs, plus j’y pensais, plus je me rendais compte de la dangerosité de mes actes. Et s’il était mort ? Non, nous l’aurions sauvé. Un peu trop tard, mais nous l’aurions sauvé. Aurait-il fini grand brûlé ? L’aurais-je défiguré ? J’imaginais ses traits gracieux détériorés, et puis la douleur. Et si j’avais perdu le contrôle du feu alors que je contrôlais la flamme et que c’était devenu un brasier incontrôlable au point de tout détruire sur son passage ? OK, ça semblait peu réaliste, mais je pensais bien que c’était possible. Avec une grande dose de malchance. Et apparemment, j’en avais, présentement. Devais-je réciter une dernière prière ? Je n’avais pas de croyance particulière. Ce serait assez hypocrite. Mais il valait mieux tenter de sauver son âme un jour si la situation était vraiment désespérée. Eviter de pourrir en enfer, s’il existait, ce serait bien. Alors je priais chaque dieu que je connaissais à la vitesse de la lumière, espérant éviter la mort si c’était encore possible.

Alors j’avais fermé la bouche, n’ayant aucun mot à prononcer, le regard perdu planté dans le sien. J’exhalais la peur – je le savais, c’était sûrement écrit au marker noir sur mon front. Pour me donner un semblant de confiance, j’avais passé une main gênée dans mes cheveux. Serait-ce mon dernier geste avant de perdre connaissance et me faire enlever ?



OK, PARDON. POUR LE TEMPS DE REPONSE. ET LE NIVEAU DE NULLITE DE CE POST.
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MessageSujet: Re: recréer l'enfance | Ophiuchus.   02.08.15 1:49

Recréer l'enfance- Ft Chesed


J'inspire doucement, les bras croisés et j'inspecte la foule du coin de l’œil. Mes doigts tapotent l'arrière de mon coude, trahissant mon impatience et ma colère. Peut-être est-ce pour cela que personne ne s'est risqué-encore- à venir m'aborder ? Tant mieux pour eux. J'étais concentré et je n'aurai pas supporté qu'on vienne me déranger pour badiner joyeusement. La situation ne s'y prétait certainement pas.


Je prends mon mal en patience et j'essaie de me rappeler un peu de ce que j'avais ressenti en me confrontant à son contrôle. Son affinité. Son don. Sa magie ? Je ne sais pas trop comment l'appeler. Toujours est-il que chaque personne laisse une impression différente. Un peu comme un emprunte. C'est compliqué. Je pince les lèvres, agacé. Je ne devais pas vraiment écouter quand Darius a essayé de me l'expliquer. Cependant j'étais certain de pouvoir le reconnaître dans cette foule. Ou plutôt de ressentir les quelques bribes de sa magie.


Je n'ai pas le souvenir d'avoir déjà rencontré quelqu'un possédant le même … Talent que moi. Aussi, je songe un instant à lui soutirer des informations sur le contrôle de son affinité, plutôt que de lui présenter mon poing. Je pourrai, j'imagine le questionner, plutôt que de laisser libre court à ma colère. Car, déjà, le vent et mes doutes essoufflent mes véhémences. Et s'il s'en allait, sans demander son reste ?


Je me reprends bien vite cependant, puisque que, méfiant comme je suis, déjà persuadé qu'il irait tout raconter aux Pyrrhs  si je lui en laissait l'occasion. Qu'il faudrait que je fasse mes valises et que j'aille me cacher parmi ces citoyens clandestins qui m'ont un jour abordés, afin de trouver d'autres utilisateurs d'affinités. Je soupire. Il me faudrait alors tout abandonner et si je n'ai pas exactement choisi d'être artiste, je ne peux décemment pas abandonner ma famille et ma vie comme ça. Non. Il fallait que je trouve ce fauteur de trouble. Ou fauteuse, après-tout je n'avais aperçu que ses yeux verts.


Soudain, je pense ressentir sa présence. Je m'avance alors, dans la foule, les deux bras en avant. J'écarte de l'épaule les badauds, me faufile, concentré sur cette toute petite sensation, cette présence moins familière qu'envahissante que j'avais ressenti durant le spectacle. Et, alors que je me rapproche, quelqu'un entre en collision avec moi.


Je baisse les yeux, alors que l'inconnu se retourne. Mes iris dans les siennes. Et je sais. Je reconnais les deux yeux verts, même s'ils sont fuyants, à présent. Sans réfléchir, j'abaisse la main dans sa direction. Incertain, sur le moment. Je me fige, les phalanges crispées. Allais-je faire un esclandre dans cette foule ? Voulais-je vraiment le frapper ? Mes pupilles fixent plus intensément les siennes. Je ne sais pas à quoi je m'étais attendu, peut-être à trouver de l'assurance au fond de ces deux yeux péridots. L'assurance d'un être qui sait et qui sait aussi comment utiliser son savoir ? Oui. Je pense que je m'attendais à de l'assurance. De l'agressivité. Peut-être même un peu de suffisance.


Or, je n'y vois rien de semblable. Et c'est un être malhabile qui se tient devant moi, et qui, à coup sûr aurait préféré se tenir ailleurs. Je soupire. Même si cela ressemble plus à un grognement. Quel âge avait-il ? Avait-elle ? Je n'étais toujours pas certain, alors qu'il-elle- était devant moi. Ce n'est qu'un enfant de toute évidence. Je ne sais pas quoi faire de mes sermons. De mes menaces. De ma colère qui s'essouffle d'un coup, mais qui pourrait s'exprimer toujours dangereusement, en plein milieu de cette foule. Le brouhaha ne m'aide pas et quelques personnes buttent contre nos deux corps immobiles dans le flux perpétuelle de la foule quittant le chapiteau. Je m'abaisse et je dis, le timbre menaçant :

- Suit-moi gentiment et ne fait pas d'histoire.

J'abaisse ma main et j'attrape sans ménagement. Bien trop délicat. Et fragile. J'oubliais souvent que la plupart des élèves de la Dandelion académie n'était même pas des adultes. Je m'enfonce dans la foule, en sens inverse, traînant promptement derrière-moi le gamin. Je souffle sur la route quelques jurons. Je peste, usé et sur ma langue se profile encore mille menaces. Je ne sais pas quoi faire. Quoi dire. À lui-ou elle, il faudrait vraiment que je lui demande s'il est un garçon ou une fille-, s'entend. Je pense que je pourrai essayer de l'intimider. Pourrai-je seulement y arriver ? Je me dis qu'il faut que je lui explique que tout ceci aurait très bien pu mal tourner. Pour moi. Pour lui aussi. Si un malheur était arrivé aurait-il pu s'en remettre ?

Je ralentis l'allure finalement, arrivé devant ma roulotte. J'ouvre la porte et je le traîne à l'intérieur en aboyant , le moins aimable possible:

- Assis.

Je désigne du menton une table et une banquette à laquelle je m'installe pour souper. Je passe ma main dans mes cheveux et j'effectue quelques pas. Peut-être même un peu plus. Les bras croisés et le visage fermé. Je ne sais pas vraiment par quoi commencer. Je tente :

- Est-ce que tu as une idée de- Mais je me fige et je secoue la tête, en répondant, sans lui laisser le temps de le faire:

- Bien sûr que tu n'as aucune idée de ce qui aurait pu se passer. Vous êtes tous comme ça. Vous pensez que, parce qu'on vous apprend à vous servir de votre… Magie, vous êtes autorisé à en usé comme bon vous semble.

Je ris, amer. Et je continue, sur le ton du reproche:

- Tu pensais que ça allait être sympa ? Que… te voir faire joujou avec mes flammes aurait pu m'impressionner?

J'avance vers ma commode et j'ouvre un tiroir pour en extirper une gourde. Je reviens sur mes pas et je la balance.


- Tu sais ce qu'il y a dedans ? Ouvre.  Tu sais comment on appelle ça ? De la kerdane. Ou de l'eau de feu… Et tu sais ce que c'est ? Du pétrole dés-aromatisé. C'est comme ça que je crache mes flammes. En plein spectacle, j'en suis éclaboussé. Et qu'est-ce que tu penses qu'il se serait passé si ta petite flamme avait touché ma joue… ?

Je fixe ses iris l'air plus menaçant et courroucé que je ne le suis véritablement. Je secoue la tête et je dis, désabusé :


- Heureusement rien de … Fâcheux n'est arrivé. Mais… J'ai une autre question, maintenant… Je marque une pause et je demande dans un murmure: Qu'est-ce que devrais-je faire de toi, maintenant que tu sais que nous avons la même affinité ? Que je peux m'en servir, sans même être allé à Dandelion, Mh ? Je fais mine de réfléchir à cette question quelques secondes avant de dire, toujours sur le ton du secret. Iras-tu le répéter à tes professeurs ? Tes supérieurs ? Ou alors me promettras-tu de ne rien dire à personne?

Je m'avance vers lui, toujours plus menaçant. -Est-ce que tu penses que je devrais prendre le risque de te laisser partir, maintenant?

Je demande, même si je sais déjà que je ne le laisserai pas s'en tirer comme ça. Je me retourne et je ferme la porte à clef.


- Non. Moi non plus je ne pense pas.
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MessageSujet: Re: recréer l'enfance | Ophiuchus.   02.08.15 18:12

Sa main encerclait mon poignet. En sentant sa paume, mes muscles s’étaient crispés, et je m’étais dit que c’était fini. Il allait me trainer dans un coin et me battre à mort. Il allait me frapper, mais plus loin parce qu’il ne fallait pas que les spectateurs le voient. Je n’avais pas de testament. Un gamin de seize ans n’en écrit pas. Pas même moi. Je n’avais plus peur. J’étais résigné, persuadé que c’était le terminus, alors même mon cœur qui tambourinait dans ma poitrine s’était calmé. C’était de l’acceptation. Je ne savais pas si j’étais triste. Je faisais la liste de tout ce que je n’avais pas encore fait. Je n’avais pas touché à ma harpe de la journée, je n’avais pas battu mon frère, je n’étais pas devenu quelqu’un, j’étais resté dans ma chrysalide, un petit bourgeon qui n’aurait pas connu l’éclosion, je ne serais jamais tombé amoureux.

Je voyais le livre nonchalamment posé sur mon lit, que je n’avais pas fini. Je voyais l’air stoïque de mon père, les lèvres pincées de ma mère, le regard fuyant de mon frère, regarder la terre recouvrir mon cercueil. J’entendais les mots que mon géniteur n’avait pas prononcés, parce qu’ils étaient trop rudes. Un « s’il est mort, c’est parce qu’il ne méritait pas de vivre », « parce qu’il n’aura rien accompli ». Et puis, je savais que devant cette petite tombe, il n’y aurait plus de fleurs. Je savais que ma famille ne pleurerait pas. Nous avions toujours entretenu une grande distance entre nous. Je n’avais pas connu le sein de ma mère, ni l’étreinte sincère de ses bras, ni les histoires qu’on conte avant de s’endormir. Je n’avais que vu son sourire satisfait lorsqu’elle me présentait – non, m’exhibait – à ses amies qui ne tarissaient pas d’éloges sur « un dos si droit », « une si adorable musicalité », « de si bonnes manières ». Elle voulait une fille, de toute façon. J’étais une déception à la base.

Si je devais mourir maintenant, je pouvais bien penser à moi pour une fois, non ? Je pouvais regarder en face ce constant besoin de m’assurer une place, ce si grand désir d’être quelqu’un d’important. Je pouvais bien voir que je ne faisais que me cacher des autres en me faisant paraitre pour un introverti hautain. C’était plus simple qu’essayer de se faire des amis, discuter, tenter de plaire, chercher des personnes avec qui on s’entend bien. A vrai dire, ma méthode était celle me permettant d’être le plus productif, en subissant le moins de dégâts. Si je me mettais à parler avec quelqu’un, que je me mettais à l’apprécier, j’allais devoir choisir entre mes études – qui me prenaient déjà quelques heures de sommeil pour m’assurer de ma grande avance – et cette personne. Cette personne qui me reprocherait ensuite de ne pas passer de temps avec elle. Et elle finirait par partir, ce qui me ferait sûrement du mal. Cette tristesse m’empêcherait ensuite de travailler, et je serais abandonné et moins productif. Donc j’avais toujours fait en sorte d’éviter ces drames. Maintenant je me disais, qu’aussi égoïste que c’était, j’avais envie que quelqu’un soit sincèrement triste. Parce que cette personne me connaissait. Parce que je pouvais me confier à elle. Parce qu’elle en savait sûrement trop. Et parce qu’elle pourrait pleurer en l’apprenant. Comme si le besoin d’amour de mon cœur quittait sa léthargie alors que j’étais condamné et me criait qu’il avait la dalle depuis seize putain d’années. Qu’il avait fermé sa gueule parce qu’on l’avait bâillonné pendant tout ce temps, et maintenant que le boss’, le cerveau ne pouvait plus rien, il pouvait hurler jusqu’à en faire trembler chacune de me cellules que j’avais terriblement besoin d’un peu d’affection. Que mes les arbres, les fleurs et les pierres recevaient plus d’amour que moi.

Mais voilà, il ralentissait. Il devait avoir trouvé un bon endroit, à l’abri des regards, pour me casser chaque os du corps, pour mettre fin à mon existence. Je levais les yeux, en me disant qu’il fallait que je reste digne. Une roulotte. La sienne ? Pourquoi ? Il voulait repeindre ses murs ? Je n’étais pas sûr que ce soit du meilleur goût, surtout que l’odeur ne devait pas être géniale. Mais je ne me risquais à un commentaire qui le forcerait à être plus cruel qu’il ne le devrait pour m’achever. Je n’aimais pas l’agonie. Puis finalement, j’entrai, et son « assis » me donnait plus l’impression d’être un chien qu’un humain doté d’intelligence. Mais docilement, pour éviter que son humeur n’en soit exacerbée, et ce malgré tous mes neurones me hurlant que je devais lui casser la gueule, je m’asseyais à l’endroit qu’il avait désigné. Et j’arrêtais de bouger, attendant sagement qu’il finisse son boulot, la bouche fermée. Et je l’entendais me gronder. Je n’en avais pas l’habitude. J’avais baissé la tête, les poings serrés posés sur mes cuisses. Mon orgueil souffrait. Epouvantablement. Je me demandais quand est-ce qu’il allait bien faire s’abattre son réel courroux, que ses mots allaient se transformer en poing, et au lieu de me boxer le moral il s’en prendrait plutôt à mon enveloppe.

A la série de questions, j’avais levé le regard, pour qu’il fasse face au sien.

« Je ne peux rien leur dire, sinon je vais m’attirer des problèmes … »

La menace dans sa dernière question me glaçait le sang. Je m’étais bien dit, à ce moment-là, « il va commencer », je m’étais préparé à la douleur. J’entendais déjà le son de son poing contre n’importe quelle partie de mon corps. J’avais fermé les yeux, me disant qu’il ferait moins mal si je ne le regardais pas. Et je n’entendis qu’un déclic. Celui d’une clef qui tourne dans une serrure. Celui du verrou qui se ferme. Et si je l’attaquais ? Je pouvais dire qu’il m’avait agressé, non ? Quelle solution serait la plus efficace ? Encaisser un premier coup me rendrait plus crédible. S’il mourrait, il ne pourrait pas dire que j’avais failli foutre en l’air sa vie, et peut-être celle de centaines de personnes en causant un incendie.

« Je… »

Le mensonge m’apparait alors. Aucune violence. Juste mentir. Et espérer que ça passerait. Je cherchais de bonnes excuses. J’en attrapais une, l’étudiais sous toutes les coutures, et jugeais que ma survie pouvait dépendre de quelques mots.

« Je ne peux pas vous accuser chez les Pyrhhs, sinon il me demanderont comment je l’ai appris. »

Je me recroquevillais sur moi-même, comme pour mimer une grande fragilité. Ma voix tremblait – j’avais envie de pleurer, et j’avais vraiment peur, ça aidait – comme si je craignais la menace des Pyrhhs plus que tout. Pour une fois, porter un masque était cool.

« Je n’ai pas le droit d’utiliser mes éléments non plus… je… je ne suis pas un élève de Dandelion… mais je… mon père… il m’a appris beaucoup de choses. Il… il est CME… Il m’a dit qu’il fallait que je m’entraine… je suis… je… »

Il avait l’air de ne pas apprécier les élèves de Dandelion, alors c’était plus prudent. Il allait relâcher sa vigilance. Il allait se dire que je n’étais qu’un petit idiot.

« Je n’aurais pas dû… je ne pensais pas… je… »

Bredouiller, avoir l’air vraiment désolé. Mentir c’était tellement plus simple.

« Quand j’ai senti votre maîtrise, j’étais… j’ai eu très peur que vous veniez de Dandelion et que vous me dénonciez… alors j’ai pensé à m’enfuir, vu que j’en sais plus que nécessaire sur le sujet. Je… »

Je gardais la tête baissée, tentant de me mouiller un peu les yeux pour avoir l’air plus crédible.

« J-Je sais que c’est pas bien d’utiliser son élément quand on ne vient pas de Dandelion mais… j’ai cru que peut-être, si j’y arrivais maintenant… ils m’accepteraient… »

Je priais pour qu’il tombe dans le panneau. Mon numéro me faisait passer pour une fragile victime, je ressemblais à un peureux depuis le début. Il n’avait pas été accepté à Dandelion alors il devait avoir un grand ressentiment contre l’académie. Un rêve brisé ? Quelque chose dans le style, sûrement. Alors trouver un petit au rêve brisé allait peut-être l’attendrir ? Avais-je l’air attendrissant ? La simple idée me donnait envie de vomir, mais je devais garder cet air un peu perdu, un peu désespéré, collé au visage. Et puis, une dernière tentative me venait en tête.

« Je… mon père possède beaucoup de livres là-dessus et… enfin… il m’a vraiment énormément appris… alors peut-être que je pourrais vous être utile ? »
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MessageSujet: Re: recréer l'enfance | Ophiuchus.   03.08.15 19:35

Recréer l'enfance- Ft Chesed


Je prête une oreille distraite aux mots, aux balbutiement presque inaudibles qui franchissent difficilement ses lèvres, bien trop préoccupé. J'ai fermé la porte à clef. Et, je ne sais toujours pas, du reste, que faire. Je ne suis pas un tueur, même si mes excès de violences sont plutôt brutaux et imprévisibles. Aussi, malgré mes menaces passées je ne sais que faire. Le bousculer ne me posait pas de problème de conscience-il le méritait, à mes yeux- ni ne m'arrachait des soupirs coupables. Mais, lever le poing, l'armer, frapper ? Peut-être. Surtout que je vois bien qu'il se décompose à mesure que je siffle et que je crache. Je vois bien que mes menaces l'affectent comme le vent affecte la terre quand il se fait tempête.

Mon regard s'attarde un instant sur ses joues. Ses iris tremblotantes, comme ses lèvres. Je me prends la tête dans mes mains pour les remonter le long de mon front et plaquer mes cheveux en arrière. Je ne sais toujours pas quoi faire. Bien trop incertain. Alors je me décide, je choisi d'écouter à défaut de savoir quand et comment le libérer.


Je m'installe en face de lui et j'attends. J'attends des mots. Des excuses. Des menaces, qui peuvent toujours venir. Des pleurs. Des couinements apeurés. Ou alors de la colère et une morgue inattendue. Quelque chose d'agaçant pour faire marteler de la pointe de la langue, la mâchoire raidie par sa véhémence pour terroriser plus encore l'enfant. J'espérais même qu'il se métamorphose. Que l'adolescent chétif se mette à prendre du galon, finisse par se tenir droit, pour justifier mon dégoût et donner un peu plus de crédit à ma propre haine et mes actions précipitées.


Ses épaules s'affaissent, pourtant. Il continue de trembler. Chétif et apeuré. On dirait qu'il extirpe douloureusement de sa bouche des murmures troublés et incertains, faibles, mais dont le sens me fait écho désagréablement. J'écoute donc. Sans broncher une seule fois. Bien que quelques questions méfiantes se bousculent contre mes lèvres que je garde furieusement fermées. Je dévisageais le garçon-il me semble bien reconnaître quelques accents masculins dans son timbre plus fluet que le mien- avec autant d'application. Pour trouver une faille. Un accroc douteux dans le maillage complexe de son histoire.


J'ai un peu honte même. De ma méfiance, tout d'abord. Je ne suis pas un homme qui accorde sa confiance facilement, mais dont le courroux est toujours trop prompt à s'exprimer sans laisser une petite chance aux autres de s'exprimer. J'ignore-enfin, ce n'est pas totalement vrai- pourquoi je ne peux aisément apprécier la compagnie des plus jeunes lorsqu'ils viennent m'aborder sans chercher une seule fois à leur chercher querelles. De mes actes, puisqu'il me semble l'avoir presque kidnappé. La pitié me noue la gorge et fait vaciller mon humeur et mes décisions. Et je suis déçu, aussi, de ne peut-être pas me retrouver devant un élève de cette académie. Déçu de ne trouver chez lui rien de semblable à l'orgueil dont je présume pétri les enfants qui vivent et étudient dans cette ville. J'expire un soupir long et presque vaincu, les yeux fermés et je me masse les tempes à la fin de son discours. Décousu et malaisé qu'il a fallu que je me remémore en ignorant les pauses et les tremblements incertains pour comprendre ce qu'il venait de dire.


Je me dis, maintenant, dans le silence dans lequel je maintiens notre échange, que je devrai me lever. Ouvrir cette foutue roulotte et le laisser partir. Je devrai. Je devrai, mais je ne peux le faire, maintenant. Car si ce qu'il dit est vrai, alors moi aussi je détiendrai des informations importantes dont je pourrai user… Ce serait si simple. Si facile. Si opportun, vraiment...


Pourtant. Pourtant son discours est un peu trop semblable au mien, lorsque je l'exprime et je n'aime pas cela. Il aurait très bien me dire qu'il usait de son affinité illégalement. Il aurait très bien pu s'arrêter-là et ne pas parler de ses rêves. Des miens. Il aurait très bien pu se contenter de dire qu'il ne recommencerait plus. Ne pas dire que son père le soutient et lui apprend à maîtriser son affinité quand je ne dispose moi-même que de l'aide d'un vieux grand-père qui nourrit les fauves au cirque. Tout cela est bien trop propice. Trop bien trouvé. Et même si ma pitié fait battre mes cils je ne sais pas encore ce que je dois ou non croire. Faire ou ne pas faire. Dire ou ne pas dire.

- Ton nom.

Je demande soudainement, brisant le silence que j'avais moi-même imposé. Je me relève et je fais les cent pas. Lentement. Pour ne pas faire bringuebaler la roulotte. Je contiens d'autres soupirs et je répète, moins agressif, plus encourageant, même:

- Donne-moi ton nom, puisque tu connais déjà le mien.


Ce n'est pas une question anodine, puisqu'on m'a toujours dit que les noms avaient beaucoup de pouvoir. Connaître l'identité du garçon me permettrait d'en savoir plus à son sujet. Plus tard, si j'arrive à me sortir de cette foutue galère. Je décide cependant de me montrer moins agressif. Et compréhensif. Même si je ne compte pas déverrouiller la porte, pour le moment. Je fais quelques pas pour atteindre les armoires de la cuisines. Je m'abaisse et je récupère deux verres que je dépose sur la table avant d'aller chercher une bouteille de soda à l'orange, au frais. Pisces en glissait toujours une ou deux pour me forcer à boire autre chose que de l'alcool et de l'eau.


- Et rassure-toi. Je ne vais pas te... frapper. Pour le moment. Je glisse, maladroitement, avant de dire:

- Alors comme ça, t'as vraiment cru que c'était une bonne idée d'interférer dans mon numéro, simplement parce que ton paternel t'as demandé de… t'exercer? Je secoue la tête. Essayant de camoufler au mieux ma méfiance et mes soupçons -peut être infondé- qui me brûlent encore les lèvres et font vriller douloureusement ma tête. Je sors mon téléphone de ma poche et le pause au centre de la table. Je tente, le visage adoucit :

- Très bien. Je ne suis pas certain de te croire totalement, mais je sais ce que c'est de devoir cacher ses … pouvoirs. J'aimerai rencontrer ton père. Fait-le venir ici, comme ça je m'assurerai qu'il ne t'arrive rien quand tu rentreras à la maison.

Surtout que je pourrai lui emprunter quelques livres, si l'histoire du garçon tient la route.

- Tu habites Dandelion city? Je demande, anodin, tandis que je nous verse à tous les deux à boire, sans même lui demander s'il appréciait ou non l'orangeade. J'espère que tu as compris ce que tu as fait aurait pu avoir de lourde connaissance. Pour toi comme pour moi.

Très lourde, même. Je porte le verre à mes deux lèvres, mon regard rivé dans ses deux grands yeux péridots. Il me semble avoir vu bien trop d'insolence et d'insouciance dans ce regard quand je l'ai croisé à la fin du spectacle pour me laisser si facilement convaincre. Un garçon qui cache à grand peine ses pouvoirs des Pyrrhs depuis deux ans n'aurait pas essayé de faire vaciller une flamme. Entouré de mille spectateurs. Et je le sais, puisque moi-même je m'exerçais, la peur au ventre, devant une minuscule bougie, dans ma chambre. Craignant que mes parents ne le découvrent et qu'ils m'interdisent d'en faire usage à jamais.
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MessageSujet: Re: recréer l'enfance | Ophiuchus.   10.08.15 21:19

Merde. Mon nom. Est-ce que je devais dire la vérité ? Est-ce qu’il n’allait pas chercher qui j’étais ? Si, évidemment. Il allait chercher et verrait que je venais d’une famille de richards tranquilles et que j’étais de Dandelion. Il pouvait vérifier ici-même si je ne lui mentais pas, d’ailleurs. S’il était assez méfiant pour le faire. Si je lui révélais mon nom à particule, il allait déjà se méfier. Je cherchais le prénom le plus commun que je connaissais… Je ne connaissais pas son nom de famille, il n’avait pas besoin de connaitre le mien, n’est-ce pas ? Un prénom dur à retrouver tant il serait habituel, qui vous passe par-dessus la tête ensuite mais… si je devais le recroiser, j’aurais moi aussi besoin de m’en rappeler… je pouvais aussi tenter de ne plus jamais le revoir… Il n’allait pas me pourchasser, il ne connaitrait pas mon nom. Au pire, s’il vérifiait, je pouvais dire que j’avais peur de mettre mon père en danger si je lui révélais vraiment le mien. Putain, cette merde, c’était fou.

« Je… je m’appelle Marc. »

Même voix tendue et tremblante, même regard rivé vers le sol, tout passait crème. « Marc ». C’était assez nul. J’aurais dû tenter de trouver un truc plus cool quand même. Mais bon, un nom sortant de l’ordinaire m’aurait mis la puce à l’oreille. Chesed… j’étais sûrement le seul à avoir été surnommé ainsi. Un prénom d’ange. Ma mère avait vraiment des idées étranges, parfois. « Harmonie de dieu », hein. J’en soupirais presque à chaque fois que je devais le prononcer, tellement sa signification me paraissait ridicule. Et toi, Ophiuchus, est-ce que tu pouvais me dire comment je devais interpréter ton prénom ?

Je jetais un coup d’œil aux deux verres, encore vides. A sa silhouette qui s’éloignait vers la cuisine, profitant de ce cours laps de temps pour détendre mon visage. Il n’allait sûrement pas me frapper si je parvenais à rester un minimum crédible, ce qui serait au final assez simple – mentir, c’était tellement simple quand on en avait l’habitude. Mon dégoût, mon orgueil, ma colère, tous se ruaient sur mes traits. C’était bientôt fini. J’allais pouvoir sortir, tranquillement, reprendre ma vie et ne plus jamais le croiser. J’allais oublier son visage, disparaitre de sa vie autant que lui de la mienne. Cependant, je dus rapidement reprendre le rôle du petit être chétif recroquevillé sur sa banquette. Je jetais un coup d’œil à la bouteille qu’il avait amenée avec lui. Du soda à l’orange. Sérieusement ? Pouvais-je décliner ? Lui dire que je préférais de loin l’eau plate ? Que je n’aimais pas spécialement boire de choses sucrées et que le thé nature c’était meilleur ? Que le citron était plus agréable que l’orange surtout ? Que les gaz que contenaient ces boissons à bulles pouvaient me mettre dans une situation embarrassante comme je n’avais pas l’habitude d’en ingérer ? Je m’imaginais une seconde… roter.

Je levais un œil faussement timide vers lui. « Pour le moment », qu’il avait dit. Je fis semblant de regagner un semblant de ma contenance perdue même si mes yeux préféraient fuir les siens. Je savais qu’il pourrait mal prendre le fait que je soutienne sans problème son regard. Et puis il comprendrait que ma peur avait été en partie feinte. Il n’allait pas me tuer. Peut-être me frapper, mais pas aller plus loin. J’avais juste à continuer à jouer mon petit numéro irritant. J’avais vu la pitié adoucir son regard. Je l’avais vu perdre sa rengaine. J’étais une victime, un petit rêve brisé, par des personnes qu’il semblait détester. Un peu benêt sur les bords pour avoir saisi la moindre occasion pour pouvoir exercer mon pouvoir, mais je n’étais pas assez haïssable pour qu’on me batte. J’avais gagné.

« Ben en fait… dès que je vois une flamme… j’ai envie de m’entrainer. Comme il est peu présent, je cherche toujours de nouvelles façons de faire mais… promis, je ne recommencerai plus j-je… j’évaluerai la dangerosité de mes actes avant de contrôler les flammes… non, même, je ne contrôlerai plus jamais les flammes des autres je… je ne veux pas… je ne suis pas prêt pour assumer quelque chose comme… blesser quelqu’un, même si c’était pas mon intention de base… je… »

Est-ce que si je me mettais à pleurer c’était too much ? Ou bien ça contribuerait à mon évasion ? Too much. Il allait trop me mépriser. L’idée même me donnait plus la gerbe que tout ce que je venais de faire. Nan, j’allais pas lui donner cette occasion. En plus, je n’étais même pas sûr d’en être capable vu mon dégoût actuel. Je n’étais pas dans le bon état d’esprit… alors je me contentais de serrer les points et de garder les yeux baissés, comme si j’avais honte de mes actes – c’était un peu vrai, par contre : tuer une personne sans avoir réfléchi même à l’éventualité qu’elle puisse mourir en utilisant mon élément, ce n’était pas vraiment un accident. Ma suffisance qui m’avait menée à penser que j’étais capable de faire tout ce dont j’avais envie n’était pas assez grande pour que je puisse me permettre de gaspiller une vie par caprice. J’avais franchement déconné.


« En fait… je n’aurais jamais cru que… enfin… la mort c’est… je crois que je ne pensais pas que c’était aussi simple… je… je ne pensais pas qu’on pouvait tuer quelqu’un même sans le vouloir… »

J’en avais marre de bégayer et d’écorcher chaque mot que je prononçais en butant sur les consonnes. Ce rôle m’emmerdait de plus en plus. J’avais juste envie de me lever, d’emmener avec moi toute ma superbe, et finalement m’enfuir loin d’ici, sans oublier le sourire narquois qui parerait mes lèvres quand je dirais que ce n’était que du vent, tout ça. Que je ne faisais que protéger ma vie sans utiliser mes pouvoirs pour éviter une catastrophe. D’ailleurs, j’entendais bien moins de bruit venant de l’extérieur. La foule avait dû se dissiper. Les familles rentraient chez elles. Dès qu’il déverrouillerait cette porte, je courrais. De toutes mes forces. En utilisant mon élément ascendant pour me propulser. Et je serais loin quand il se rendrait compte de la supercherie. Et puis mes yeux se posèrent sur le téléphone. Non.

Merde. Merde, merde, merde, merde, merde. Pourquoi ? Qui pouvais-je bien appeler ? Personne. J’avais créé mes barrières depuis le début pour éviter d’être redevable à qui que ce soit. J’avais tout fait pour éviter de demander de l’aide à quelqu’un, si bien que j’avais considéré que pour ne pas me laisser tenter par quelque chose d’aussi bas, d’aussi simple, d’aussi lâche et ne reposant pas sur mes propres capacités, j’avais éradiqué au mieux la possibilité d’une amitié. Si on n’a personne à qui demander de l’aide, c’est plus simple de ne pas le faire. Je n’avais personne à appeler. Je n’avais personne. Et même si j’essayais, cette hypothétique existence ne comprendrait pas ma situation. Et elle me gronderait sans retenue pour m’être fourré dans une histoire aussi conne. Bref, j’étais dans la merde.

Il fallait que je me calme… puis finalement, un nouveau mensonge, évident, me vint. Je lui esquissais un sourire timide. Je faisais semblant de réfréner une envie de rire.

« Sérieusement ? »

Je me passais une main un peu gênée dans les cheveux avant de continuer.

« Pensez-vous vraiment que s’il avait le temps de venir me chercher… »

Mon sourire s’effaçait, mon regard devint plus dur. Ah, ma rancœur contre mon père prenait un peu trop de place dans mes yeux. Il ne fallait pas que j’aie l’air de le détester non plus. Ce serait mal placé. J’avais l’air émerveillé par son boulot, je faisais tout ce qu’il me disait. Quelqu’un comme ça ne hait pas son père. Quelqu’un comme ça l’admire. Mais quelqu’un comme ça est un peu jaloux, sûrement, du temps qu'il consacre à son boulot et pas à lui. La jalousie, je la connaissais bien.

« Il ne serait pas venu au spectacle avec moi et ne m'aurait pas empêché de faire quelque chose d'aussi bête ? »

Je me recroquevillais à nouveau, posant mon menton sur mes genoux, entourant mes jambes repliées par mes bras. Comme si j’avais froid. Et je parlais tout bas, la voix amère.

« Pourtant il l’avait promis… mais ses promesses tombent toujours à l’eau. »

Allez, Marc. Je vais essayer de ne pas contaminer ta vie avec mes propres remords. C’était dur. Sinon la conversation continuait.

« Ben… oui. J’habite ici depuis toujours… et… j’ai compris. Je ne recommencerai plus jamais… »

Allez, Ophiuchus, tu devrais couper court à la discussion, me dire de partir. Mon père ne peut pas venir. Tu ne vas pas me séquestrer. J’avais vaguement envie de défoncer la porte même si ça pouvait m’attirer des soucis. Mh… est-ce qu’il tenterait de me recontacter ensuite ? Bon, au pire, il fallait que je joue à faire l’émerveillé. Un fan, ça fait du bien.

« Je… maintenant je regrette encore plus, parce que votre numéro il était trop cool… en plus vous faites ça sans utiliser votre élément… d’ailleurs, c’est quoi votre élément descendant ? »

Récolter des informations sur l’ennemi et établir une stratégie. Selon sa réponse, ma fuite pourrait être perturbée. S’il était air comme moi, il aurait l’avantage si je m’enfuyais. Ce que serait foutrement peu pratique pour mes plans. Il avait une meilleure vitesse et agilité. Il serait plus rapide quand bien même mon contrôle serait meilleur. Mh… tant qu’il ne pouvait pas me retenir ou m’entraver. Me priver de la vue en utilisant les ténèbres serait gênant. Mais il ne pouvait avoir gravité. Le moins bon pour mon compte. Allez, j’allais m’en tirer. Vu sa maîtrise, même avec l’air il ne pourrait pas me rattraper.
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